Les Longs Sillons, murs à vigne de Thomery

Patrimoine et engagement social

Entre le 22 mars et le 1er avril 2022, un chantier de restauration a eu lieu dans les Longs Sillons de Thomery, en Seine-et-Marne, non loin de Fontainebleau. Ces longues parcelles étroites, ceintes de murs à palisser la vigne, sont les cousines viticoles des Murs à pêches de Montreuil.

En 1730, François Charmeux construit le premier mur et y palisse une treille de chasselas dont les ceps sont issus de la Treille du roi qui borde le parc du château de Fontainebleau. Ce procédé fait école tant la qualité du chasselas est notable. Il y eut ainsi rapidement des imitateurs. À partir de 1800, la nouvelle culture prend une extension rapide. En 1857, le réseau de murs atteint déjà une longueur de 219 km. En 1837, le village ressemble à un vaste chantier.

Le talent de ces murs, bâtis en moellons calcaires et en terre crue, est, comme à Montreuil, d’accumuler la chaleur pendant le jour pour la restituer pendant la nuit, permettant ainsi au chasselas de parvenir à maturité dans les froides régions de l’Île-de-France.

Michel Pons, Thomery – Patrimoine viticole, 2003.

Tous les murs sont à Thomery maçonnés avec de la « terre de la fouille » dit Jean-Marie Ecorchard en 1849 dans Culture et taille de la vigne. Ainsi durant le chantier, le travail de la maçonnerie à la terre a été mis à l’honneur suivant les principes historiques.

Les salariés en insertion accompagnés par Ai-LADOMIFA à Montreuil, les mineurs non accompagnés suivis par Emmaüs Alternatives et les réfugiés politique d’Afghanistan et d’Érythrée accueillis par le service d’Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asile de Champagne sur Seine, avec qui ce chantier s’est organisé, se sont ainsi formés à ces techniques patrimoniales spécialisées et très recherchées.

La particularité des murs de Thomery réside dans les imposants chaperons de murs à quatre rangs de tuiles plates, prolongés au sud par les consoles métalliques où l’on plaçait des plaques de verre pour protéger les cordons de vigne des intempéries. À certains endroits, les chaperons sont prolongés de plaques d’ardoises. Ces plaques, sont arrivées vers 1840, certainement des carrières autour d’Angers, dans les bateaux transportant les pommes que les cultivateurs-marchands de Thomery achetaient chaque année en Anjou.

Les murs de Thomery recevaient des treilles métalliques sur lesquelles s’accrochaient les cordons de vigne. Les murs pouvaient recevoir jusqu’à dix cordons horizontaux et monter jusqu’à cinq mètres de hauteur. En effet, plus le mur était haut plus la vigne bénéficiait d’un ensoleillement favorable. L’autre motivation était d’économiser du foncier, déjà coûteux à l’époque. Pour ces deux raisons, on voit ainsi souvent les traces de murs surélevés.

Le précieux chasselas, Paul Charmeux devant ses vignes en 1960, rythme de plantation des ceps pour recouvrir un mur.

A Thomery, on utilisait aussi des serres adossées ou a double pans pour « forcer » la vigne et avancer la date de la récolte. Ces serres, chauffées avec des chaudières à bois, permettaient de récolter dès le mois de mai.

L’autre découverte des agriculteurs de Thomery est la conservation des grappes à rafles sèches puis fraîches. Après la récolte, les grappes coupées sur une rafle (tige) avec un œil de pousse en dessous et un œil de pousse au-dessus, étaient placées dans de petits récipients remplis d’eau et de charbon, dans une pièce froide plongée dans l’obscurité. Ces chambres à raisins permettaient, avec un travail minutieux et quotidien (on ciselait chaque grain abîmé pour ne pas contaminer toute la grappe), de conserver les grappes fraîches de septembre à avril. Thomery assurait ainsi une production de vin de table de luxe toute l’année.

La proximité de la Seine a joué un rôle central dans la commercialisation du précieux chasselas. Les grappes partaient dans des caisses remplies de papier de soie par bateau, du port de l’Effondré à Thomery, jusqu’au port de la Grève à Paris. Le chasselas de Thomery rejoignait alors les pêches de Montreuil sur les étals du pavillon des fruits aux Halles.

Il est à noter qu’à Thomery on produisait également des pêches et que le chasselas a aussi été cultivé à Montreuil.

Ce premier chantier a renforcé les liens entre Montreuil et Thomery : techniques du bâti ancien arboricoles, histoires gustatives, engagement social. D’autres chantiers sont à venir permettant au site des Longs Sillons de se redécouvrir : remise en culture, jardin pédagogique, activités culturelles, mais aussi et surtout d’assurer une activité et la subsistance à ceux qui aujourd’hui en ont le plus besoin. La Mairie de Thomery, l’association les Pierres de Montreuil et l’association Murs à Pêches œuvrent à allier travail patrimonial et engagement social.

Voici ici le lien vers le recollement des techniques historiques mises en œuvre durant le chantier https://mursapeches.files.wordpress.com/2022/04/recollement-des-techniques-historiques-mises-en-oeuvre-chantier-les-longs-sillons-lpdm-map-3.pdf

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